Je croyais que ça ne se faisait plus…

Aujourd’hui, deux clientes attablées en terrasse m’interpellent.

Le prix du thé vert japonais bio – 4€ la tasse, prix affichés dehors et sur la carte – leur semblait abusif.

Il eut fallu leur octroyer la théière entière…

Faut-il rappeler ce qu’est une liqueur de sencha, préparée à la minute avec de l’eau filtrée, et présentée dans des tasses à sencha – oui, c’est différent du mug – c’est petit, exprès, pour déguster à petite goulée, certainement pas pour étancher une soif inextinguible, il y a d’autres thés pour cela.

« Mais voyez vous, nous buvons du thé japonais bio au Japon et ailleurs à Paris, dans un très bon japonais, où le thé est à volonté »…

– Ah bon ? dites-moi où, que j’aille voir la concurrence ?

– Certainement pas. Nous ne reviendrons jamais plus chez vous !

Je croyais que cette mauvaise foi n’était plus de mise et je me trompais. Le thé est souvent à 4€ partout avec un misérable sachet de thé noir aux pesticides, dans de l’eau du robinet, servi dans des tasses de comptoir. Nous servons un thé exceptionnel avec le plus grand soin.

C’est vrai que le thé était autrefois gratuitement prodigués dans les échoppes au Japon, mais c’était des résidus de tiges et de feuilles et non une méticuleuse sélection de feuilles de camellia sinensis. Et aujourd’hui, le thé japonais gratuit ressemble plutôt à de l’eau vaguement aromatisée. Mais à Paris, si le thé japonais bio était offert gratuitement, il faudrait sans doute se méfier. Un cadeau de ce prix est forcément répercuté ailleurs.

Je ne pouvais pas répondre ! Elles m’ont assommée de leur revendication stupide en m’accusant de les insulter parce que j’essayais de me justifier :

Je suis un être humain. Je travaille pour créer un endroit où l’on se restaure, on se reconstitue, on se remet, on mange. Fort de notre succès par le talent du maître restaurateur Hisayuki Takeuchi, que les journalistes oublient régulièrement de citer pour lui nuire, mais avec 15 ans d’expérience à la même adresse et une solide clientèle de fidèles gourmets, j’avais fini par croire que ce serait impossible de se faire agresser pour un motif aussi infondé.

Je me trompais.

Elles ont payé l’intégralité de leur addition sans me laisser faire le geste commercial que j’avais prévu : un peu d’eau supplémentaire pour faire la différence. Mais elles ont refusé. C’est se payer le luxe de la critique et ne pas en retirer avantage. Enfin, elles m’ont assuré qu’elles ne reviendraient pas. Quand bien même, je ne dirais rien et ferai mon travail normalement. Parce que franchement, je n’ai rien à me reprocher. Mais qu’est-ce qui pousse des personnes ainsi à prendre des attitudes outragées et à interpeller les personnes que nous sommes de la sorte ?

A propos elisabethpaultakeuchi

J'aimais la littérature. Aujourd'hui je laisse sur la toile des petits bouts de ci, des petits bouts de ça. Je reste sur les traces des auteurs passés et je trace mes propres méridiens. Pas sûre quand même qu'ils soient assez longs pour vous y perdre.
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