Manger, c’est politique

Vous savez que je suis gérante d’un restaurant et qu’à ce titre, j’ai le grand privilège d’être la cible des critiques de tout poils, critiques gastronomiques, clients en mal d’égo, râleurs ou journalistes en manque de papier… Malheureusement, notre milieu, la restauration, est liée historiquement au parti du front national. JML a commencé sa « carrière » politique avec Poujade, a repris les revendications de la classe artisans-commerçants pour justifier son idéologie et créer un parti extrémiste et nationaliste. En reprenant les inquiétudes de ces « salauds de pauvres », les artisans commerçants confrontés à la modernisation de leur métier et surtout aux règlements de compte au sortir de la deuxième guerre mondiale.
Saviez-vous que la critique gastronomique a débuté avec les journalistes collabos, qui au sortir de la guerre, se sont vus relégués aux chiens écrasés et… aux restaurants qu’ils allaient visiter incognito pour gerber leurs articles au Figaro… Facile et indispensable reconversion ! Une espèce de revanche contre ceux qui étaient accusés d’avoir bien vécus la guerre en continuant à manger à leur faim…
Mais je tiens de ce critique contemporain la leçon qu’il donnait à propos de notre restaurant : « La seule manière de faire vraiment du mal à un établissement, c’est de ne pas en parler ». Merci ! Je ne l’oublierai jamais. C’est une véritable leçon de politique qu’il nous donne à tous : Si vous ne voulez pas de ces rictus de pervers sadiques dans le prochain gouvernement de votre pays, ne diffusez pas d’images, ni n’écrivez de chaîne de caractères qui, indexées dans les moteurs de recherche, donneront plus de visibilité qu’il n’en faut à ces gens sans dignité.
Je vous en serai reconnaissante. Car notre profession doit lutter continuellement contre tellement de ces nuisances… Nous avons toujours les mêmes difficultés aujourd’hui et la désertification des petits commerces en est la preuve… On dirait qu’ils auront notre peau, la fin de la classe moyenne… La nourriture devient immangeable… Inversement proportionnellement à l’élargissement du trou de la sécu… Y’aura plus que des pauvres malades et des riches bien portant, pas de milieu…? Imaginons nous une évolution au petit commerce autre que la grande distribution ? Le restaurant n’a pas toujours existé… Quel sera son avenir et celui du cuisinier ? On en reparle…

Nouvelle lutte des classes

Aujourd’hui, clairement, nous voilà obligés de choisir entre l’aristocratie artificielle sur fond de barbarie, et le grand capital (à peine) sournois vous offrant l’opportunité de faire fortune à seule condition d’accepter pour vous même et pour identité, l’état d’esclave. Quelle colère en nous va-t-elle monter et exploser enfin ! Quelle définition du peuple va-t-elle enfin émerger ? Mais enfin qui sommes nous, pour accepter ces misères !

Nous sommes la multitude ponctionnée pour servir de lubrifiant aux rouages générant d’obscènes bénéfices. Nous sommes la main d’œuvre stupide suant et puant de travail méprisé. Nous sommes les hommes aux honneurs atrophiés, les femmes aux viols psychiques et physiques, répétés et impunis.

Résultats ? Nous allons manger du pain noir à chaque repas. Du sushi de grande distribution. Mourir de cancer non identifié, de vache folle ou de saumon shooté. Bientôt un cachet Soleil vert pour manger comme la bourgeoisie. Bon appétit. Au moins, la banque nous vous shootera pas à découvert.